Un poète (mal) inspiré


Que reste-t-il de nos raisons de vivre quand nos liens se dénouent ? Quand la solitude de la vieillesse ne vient pas seule, mais accompagnée de la défaite définitive de l’amour ?

Jean-Michel MAULPOIX


Tribunal Correctionnel de Strasbourg, 13 Février 2024. Comparaissent, en qualité de prévenus également victimes, Laura HELMS et Jean-Michel MAULPOIX, pour violences volontaires et réciproques sur personne ayant la qualité de conjoint, faits commis de 2020 à 2023.

Cris, insultes, menaces, coups de poing et de genou (y compris dans le ventre lorsque Madame est enceinte), crachats démontrés par des témoignages et une vidéo … Le panel est large. Les voisins ? Ils ont bien entendu, mais « c’était un couple gueulard ». Et puis, vous comprenez, c’est un Goncourt. La sage-femme ? « Madame HELMS avait consulté parce qu’elle se faisait pipi dessus quand son mari l’agressait. » Elle ne constate aucun problème fonctionnel et conclut à un réflexe de peur.

« Si je lui dis que je vais la buter, ça ne veut pas dire que je veux prendre un couteau et la tuer. Je ne l’ai jamais envoyée à l’hôpital malgré ces années de disputes et d’échanges musclés. […] J’ai toujours fait attention à ne pas lui faire de mal, de ne pas aller trop loin. » 

Pourquoi n’est-elle pas partie plus tôt ? « À force d’être humiliée, humiliée, humiliée pendant si longtemps, on perd toute confiance en soi. Et on se dit que partir, ça nous semble insurmontable », explique Laura HELMS. « J’admirais tellement Jean-Michel au début de notre relation que j’étais incapable de recul critique, ce qui m’a conduite à accepter ce que je n’aurais pas dû tolérer (…) Monsieur m’a souvent rappelé qu’il pouvait me détruire, briser ma carrière, qu’il était un écrivain connu et moi une petite prof. Il connaissait de fait beaucoup de monde dans les “hautes sphères”, comme on dit.

L’écrivain, lui, évoque « une relation passionnelle ». Oui, les disputes se sont aggravées. « Elle ferait péter les plombs à un moine zen » Et puis, s’il cognait, c’est parce qu’elle le provoquait. « Je faisais toujours attention autant que je le pouvais à ne pas mettre ma femme en danger » 

« J’ai traité des centaines de dossiers de violences conjugales. Mais les photos qu’on voit dans le dossier, là, pour moi, c’est la première fois. »

Le Procureur de la République 

Jean-Michel MAULPOIX a été condamné à une peine de 18 mois d’emprisonnement avec sursis. Il n’a pas interjeté appel de sa condamnation devenue définitive.

6 réponses à « Un poète (mal) inspiré »

  1. Avatar de les2olibrius
    les2olibrius

    Comme quoi la poésie mène à tout ! Surtout au hiatus entre douceur des mots et violence des actes ! Et la gloire semble ici inversion proportionnelle à la valeur humaine ! Pourtant d’habitude les gueulards ne mordent pas!… ? Ce doit être l’une des exceptions qui confirment une règle ! Elle était professeur… La lecture et la culture ne l’ont donc pas aidée à se prémunir contre les dangers. Encore une histoire bien inadmissible et de plus une histoire vraie qu’on retrouvera sans doute à l’écran !

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    1. Avatar de Nemoditur

      Pardon, j’arrive un peu tard pour te répondre.

      La violence touche toutes les classes même les plus aisées ou cultivées. On parle souvent d’emprise sur l’autre. Le coeur a ses raisons que la raison ignore.

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  2. Avatar de Pangloss
    Pangloss

    18 mois? Bien fait! Avec sursis? Dommage!

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    1. Avatar de Nemoditur

      Le sursis s’explique par l’absence d’antécédents pénaux de l’intéressé. Probablement aussi, par sa condition sociale.

      Le voilà averti. Mais il ne semble pas avoir compris.

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  3. Avatar de Dominique

    😵‍💫

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  4. Avatar de Filimages

    Et moi qui croyais que les poètes étaient tous des Bisounours ! En fait certains sont des ours… 🐻

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Nemoditur

C’est le nom que je porte sur ce blog. Juriste et musicienne, je voyage entre la Loire et l’Isère. Sur mon dos, mon violon. Une étoile dans le ciel, Igloo, mon fidèle compagnon. La vie est une bougie dans le vent.

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