Dans cette nouvelle rubrique, Pizikato Ă©voque la crĂ©ation d’une Ĺ“uvre (musicale, artistique, contemporaine…) en la situant dans son temps. Car l’on oublie souvent que l’artiste crĂ©e en fonction de son Ă©poque et de la sociĂ©tĂ© dans laquelle il vit. Penserez-vous comme Bergson, que « l’artiste est un homme qui voit mieux que les autres, car il regarde la rĂ©alitĂ© nue et sans voiles » ?

Le tableau
Martial Caillebotte (frère de l’artiste) et ZoĂ© (leur cousine) profitent de l’Ă©tĂ© Ă l’ombre des arbres de la propriĂ©tĂ© de Yerres (Essonne). Assis de dos au premier plan du tableau, Martial est absorbĂ© par sa lecture. Au second plan et de profils, appuyĂ©e au muret, sa cousine ZoĂ© s’accoude Ă une caisse d’orangers. Elle porte une robe et un chapeau sous lequel ses cheveux sont soigneusement tressĂ©s. Il fait chaud. L’instant est nonchalant, presque ennuyeux.
Les personnages
Gustave Caillebotte naĂ®t en 1848 dans une riche famille bourgeoise propriĂ©taire d’une entreprise prospère de nĂ©goce de draps aux armĂ©es de NapolĂ©on III. Il est issu du troisième mariage de son père Martial avec CĂ©leste Daufresne. Gustave aura deux frères (RenĂ© et Martial Caillebotte) et un demi-frère qui deviendra prĂŞtre.
Martial Caillebotte, que son frère reprĂ©sente pour la deuxième fois en 1878 , a Ă©tudiĂ© le piano au Conservatoire de Paris. Il compose Ă©galement quelques oeuvres mais la notoriĂ©tĂ© de son frère Gustave l’Ă©crase.
Gustave et Martial entretiennent des liens très forts. Ils partagent la mĂŞme passion du nautisme et depuis 1976, sont membres du Cercle de la voile de Paris , haut lieu que frĂ©quentent Monet et Renoir. Gustave et Martiel habiteront ensemble, Ă Paris, jusqu’en 1887 (mariage de Martial).
Martial sera l’un des exĂ©cuteurs testamentaires de Gustave.

NĂ©e en 1868, ZoĂ© est la cousine germaine du peintre, fille de Charles Caillebotte, l’oncle de Gustave. Elle Ă©pousera Jean-Baptiste Fermal, avouĂ© Ă Bayeux. TĂ©moin au mariage, Gustave leur offrira l’un de ces cĂ©lèbres tableaux (Portraits Ă la campagne) qu’au dĂ©cès de ZoĂ©, en 1947, se conformant Ă sa volontĂ©, sa fille donnera au musĂ©e de Bayeux oĂą il se trouve encore.
Jusqu’en 1879, ZoĂ© sera l’un des sujets de prĂ©dilection de Gustave .
LA FAMILLE CAILLEBOTTE
EtĂ© 1878. CĂ©leste Daufresnes rĂ©unit la famille Caillebotte dans sa grande propriĂ©tĂ© d’Yerres (11 hectares). Son Ă©poux, Martial Caillebotte est dĂ©cĂ©dĂ© quatre ans plus tĂ´t. Ce sera leur dernier Ă©tĂ© heureux. Car CĂ©leste meurt subitement le 20 AoĂ»t 1878, plongeant les enfants Caillebotte dans le dĂ©sarroi. Elle leur lèguera plus de deux millions de francs. A 20 ans, Gustave est diplĂ´mĂ© en droit. Mais Ă©lève de Monet et de Degas, la peinture le passionne depuis l’enfance. Cet hĂ©ritage considĂ©rable lui permet de s’y consacrer pleinement ; durant toute sa vie, Caillebotte soutiendra des peintres de renom.
La propriĂ©tĂ© d’Yerres sera vendue en 1879. Au grand regret de Gustave Caillebotte qui regrettera jusqu’Ă sa mort ces Ă©tĂ©s insouciants.
L’Ă©poque
LĂ©on XIII est Pape. Otto Von Bismarck veut rĂ©unifier l’Allemagne « en lui donnant la situation prĂ©pondĂ©rante qui lui revient de droit ». La Prusse convoite l’Autriche. Et le 4 Juin, les Ottomans ont permis l’occupation de Chypre par les Britanniques. C’est aussi, le 13 juillet, la signature du traitĂ© de Berlin qui entĂ©rine l’indĂ©pendance de la Roumanie et de la Serbie.
En France, c’est la IIIème RĂ©publique. D’ailleurs, les RĂ©publicains ont gagnĂ© les Ă©lections municipales. L’Ă©lectricitĂ© Ă©claire les rues parisiennes . Le tĂ©lĂ©graphe est en plein essor et les Ă©coliers planchent sur la rĂ©forme de l’orthographe de Didot.

Mais surtout, l’exposition universelle passionne les Français. Au Palais du TrocadĂ©ro, le PrĂ©sident Mac Mahon reçoit avec faste ses homologues Ă©trangers. La tĂŞte de la statue de la LibertĂ© est exposĂ©e au Champs de Mars tandis qu’aux Tuileries, le ballon de l’inventeur Giffard Ă©lèvent les visiteurs Ă plus de 500 mètres au-dessus de Paris. Bartholdi expose un plâtre du futur Lion de Belfort. Émile Reynaud obtient une « mention honorable » pour son Praxinoscope. Et la LĂ©gion d’honneur est dĂ©cernĂ©e Ă Â Benjamin Peugeot, constructeur de la machine Ă coudre et Ă Â Antoine Lamy pour ses rĂ©alisations d’Ă©toffes de soie. La Française est Ă©lĂ©gante. La robe se fait Ă©troite et plus courte. Les chapeaux, plus larges sur une frange et des boucles. L’homme porte des favoris et des moustaches aux pointes recourbĂ©es. En plus du haut de forme, il apprĂ©cie le feutre gris, le chapeau de paille ou la casquette sportive. On chasse, on joue au cricket ou l’on fait du vĂ©lo. La voile et la pĂŞche sont prisĂ©es.
Le saviez-vous ?
Gustave Caillebotte a protĂ©gĂ© de nombreux peintres. A sa mort, Camille Pissaro Ă©crivit Ă son fils : « Nous venons de perdre un ami sincère et dĂ©vouĂ©… En voilĂ un que nous pouvons pleurer, il a Ă©tĂ© bon et gĂ©nĂ©reux et, ce qui ne gâte rien, un peintre de talent ».

Le 27 FĂ©vrier 1894, jour de ses funĂ©railles, il y eut tant de monde dans l’Ă©glise que des peintres de renom assistèrent Ă l’office sous le porche de l’Ă©glise.
Gustave Caillebotte est inhumé au Père Lachaise.
« Je donne Ă l’État les tableaux que je possède ; seulement comme je veux que ce don soit acceptĂ© et le soit de telle façon que ces tableaux n’aillent ni dans un grenier ni dans un musĂ©e de province mais bien au Luxembourg et plus tard au Louvre, il est nĂ©cessaire qu’il s’Ă©coule un certain temps avant l’exĂ©cution de cette clause jusqu’Ă ce que le public, je ne dis pas comprenne, mais admette cette peinture. Ce temps peut ĂŞtre de vingt ans ou plus ; en attendant, mon frère Martial et Ă son dĂ©faut un autre de mes hĂ©ritiers les conservera. Je prie Renoir d’ĂŞtre mon exĂ©cuteur testamentaire et de bien vouloir accepter un tableau qu’il choisira ; mes hĂ©ritiers insisteront pour qu’il en prenne un important. » – Testament de Gustave Caillebotte.
Très intéressant !
Merci Nemo.
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Merci !
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J’espère que vous prenez autant de plaisir que moi !
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