🧑‍🎨 Un artiste, une Ĺ“uvre #1 : « Les orangers » de G. CAILLEBOTTE



« Les Orangers » Gustave Caillebotte – 1878

Martial Caillebotte (frère de l’artiste) et ZoĂ© (leur cousine) profitent de l’Ă©tĂ© Ă  l’ombre des arbres de la propriĂ©tĂ© de Yerres (Essonne). Assis de dos au premier plan du tableau, Martial est absorbĂ© par sa lecture. Au second plan et de profils, appuyĂ©e au muret, sa cousine ZoĂ© s’accoude Ă  une caisse d’orangers. Elle porte une robe et un chapeau sous lequel ses cheveux sont soigneusement tressĂ©s. Il fait chaud. L’instant est nonchalant, presque ennuyeux.

« Le premier plan est envahi d’une ombre violette projetĂ©e par le sombre feuillage des arbres, arche de fraĂ®cheur qui enveloppe les personnages et renforce le caractère très personnel de leur occupation. Le tronc coupĂ©, ici Ă  gauche, frĂ©quent dans les scènes de canotage du peintre, circonscrit avec le banc, l’autre oranger, la jeune fille et les chaises de jardin, cette zone paisible. Le contraste de la palette violette sur le fond lumineux baignĂ© du jaune qui fait Ă©clater le vert de l’herbe, le blanc du gravier et le rouge des fleurs, accentue encore l’isolement des personnages. Le « grillage de fer » du sossier de la chaise qui sĂ©pare les deux plans, Ă©voque les arabesques des balcons du boulevard Haussmann, passages caractĂ©ristiques de l’artiste entre l’intĂ©rieur et l’extĂ©rieur. « 

Gustave Caillebotte naĂ®t en 1848 dans une riche famille bourgeoise propriĂ©taire d’une entreprise prospère de nĂ©goce de draps aux armĂ©es de NapolĂ©on III. Il est issu du troisième mariage de son père Martial avec CĂ©leste Daufresne. Gustave aura deux frères (RenĂ© et Martial Caillebotte) et un demi-frère qui deviendra prĂŞtre.

Martial Caillebotte, que son frère reprĂ©sente pour la deuxième fois en 1878 , a Ă©tudiĂ© le piano au Conservatoire de Paris. Il compose Ă©galement quelques oeuvres mais la notoriĂ©tĂ© de son frère Gustave l’Ă©crase.

Gustave et Martial entretiennent des liens très forts. Ils partagent la mĂŞme passion du nautisme et depuis 1976, sont membres du Cercle de la voile de Paris , haut lieu que frĂ©quentent Monet et Renoir. Gustave et Martiel habiteront ensemble, Ă  Paris, jusqu’en 1887 (mariage de Martial).

Martial sera l’un des exĂ©cuteurs testamentaires de Gustave.

NĂ©e en 1868, ZoĂ© est la cousine germaine du peintre, fille de Charles Caillebotte, l’oncle de Gustave. Elle Ă©pousera Jean-Baptiste Fermal, avouĂ© Ă  Bayeux. TĂ©moin au mariage, Gustave leur offrira l’un de ces cĂ©lèbres tableaux (Portraits Ă  la campagne) qu’au dĂ©cès de ZoĂ©, en 1947, se conformant Ă  sa volontĂ©, sa fille donnera au musĂ©e de Bayeux oĂą il se trouve encore.

Jusqu’en 1879, ZoĂ© sera l’un des sujets de prĂ©dilection de Gustave .

LA FAMILLE CAILLEBOTTE

EtĂ© 1878. CĂ©leste Daufresnes rĂ©unit la famille Caillebotte dans sa grande propriĂ©tĂ© d’Yerres (11 hectares). Son Ă©poux, Martial Caillebotte est dĂ©cĂ©dĂ© quatre ans plus tĂ´t. Ce sera leur dernier Ă©tĂ© heureux. Car CĂ©leste meurt subitement le 20 AoĂ»t 1878, plongeant les enfants Caillebotte dans le dĂ©sarroi. Elle leur lèguera plus de deux millions de francs. A 20 ans, Gustave est diplĂ´mĂ© en droit. Mais Ă©lève de Monet et de Degas, la peinture le passionne depuis l’enfance. Cet hĂ©ritage considĂ©rable lui permet de s’y consacrer pleinement ; durant toute sa vie, Caillebotte soutiendra des peintres de renom.

La propriĂ©tĂ© d’Yerres sera vendue en 1879. Au grand regret de Gustave Caillebotte qui regrettera jusqu’Ă  sa mort ces Ă©tĂ©s insouciants.

LĂ©on XIII est Pape. Otto Von Bismarck veut rĂ©unifier l’Allemagne « en lui donnant la situation prĂ©pondĂ©rante qui lui revient de droit ». La Prusse convoite l’Autriche. Et le 4 Juin, les Ottomans ont permis l’occupation de Chypre par les Britanniques. C’est aussi, le 13 juillet, la signature du traitĂ© de Berlin qui entĂ©rine l’indĂ©pendance de la Roumanie et de la Serbie.

En France, c’est la IIIème RĂ©publique. D’ailleurs, les RĂ©publicains ont gagnĂ© les Ă©lections municipales. L’Ă©lectricitĂ© Ă©claire les rues parisiennes . Le tĂ©lĂ©graphe est en plein essor et les Ă©coliers planchent sur la rĂ©forme de l’orthographe de Didot.

Mais surtout, l’exposition universelle passionne les Français. Au Palais du TrocadĂ©ro, le PrĂ©sident Mac Mahon reçoit avec faste ses homologues Ă©trangers. La tĂŞte de la statue de la LibertĂ© est exposĂ©e au Champs de Mars tandis qu’aux Tuileries, le ballon de l’inventeur Giffard Ă©lèvent les visiteurs Ă  plus de 500 mètres au-dessus de Paris. Bartholdi expose un plâtre du futur Lion de Belfort. Émile Reynaud obtient une « mention honorable » pour son Praxinoscope. Et la LĂ©gion d’honneur est dĂ©cernĂ©e à Benjamin Peugeot, constructeur de la machine Ă  coudre et à Antoine Lamy pour ses rĂ©alisations d’Ă©toffes de soie. La Française est Ă©lĂ©gante. La robe se fait Ă©troite et plus courte. Les chapeaux, plus larges sur une frange et des boucles. L’homme porte des favoris et des moustaches aux pointes recourbĂ©es. En plus du haut de forme, il apprĂ©cie le feutre gris, le chapeau de paille ou la casquette sportive. On chasse, on joue au cricket ou l’on fait du vĂ©lo. La voile et la pĂŞche sont prisĂ©es.

Gustave Caillebotte a protĂ©gĂ© de nombreux peintres. A sa mort, Camille Pissaro Ă©crivit Ă  son fils : « Nous venons de perdre un ami sincère et dĂ©vouĂ©… En voilĂ  un que nous pouvons pleurer, il a Ă©tĂ© bon et gĂ©nĂ©reux et, ce qui ne gâte rien, un peintre de talent ».

Le peintre et son chien

Le 27 FĂ©vrier 1894, jour de ses funĂ©railles, il y eut tant de monde dans l’Ă©glise que des peintres de renom assistèrent Ă  l’office sous le porche de l’Ă©glise.

Gustave Caillebotte est inhumé au Père Lachaise.


« Je donne Ă  l’État les tableaux que je possède ; seulement comme je veux que ce don soit acceptĂ© et le soit de telle façon que ces tableaux n’aillent ni dans un grenier ni dans un musĂ©e de province mais bien au Luxembourg et plus tard au Louvre, il est nĂ©cessaire qu’il s’Ă©coule un certain temps avant l’exĂ©cution de cette clause jusqu’Ă  ce que le public, je ne dis pas comprenne, mais admette cette peinture. Ce temps peut ĂŞtre de vingt ans ou plus ; en attendant, mon frère Martial et Ă  son dĂ©faut un autre de mes hĂ©ritiers les conservera. Je prie Renoir d’ĂŞtre mon exĂ©cuteur testamentaire et de bien vouloir accepter un tableau qu’il choisira ; mes hĂ©ritiers insisteront pour qu’il en prenne un important. » – Testament de Gustave Caillebotte.

3 rĂ©flexions sur « đź§‘â€ŤđźŽ¨ Un artiste, une Ĺ“uvre #1 : « Les orangers » de G. CAILLEBOTTE »

Les commentaires sont fermés.