Coup de barre #44

Le Tribunal, levez-vous ! A l’audience de ce jour :

Venez comme vous êtes !

Le prévenu est déféré après un signalement de voisins ayant aperçu un individu forcer la fenêtre d’une villa cambriolée.

« Signalement ? Je ne suis pas le seul à porter ces vêtements ! »


Bouteilles sur le gâteau

Le prévenu est poursuivi pour avoir soustrait frauduleusement (et en récidive) plusieurs bouteilles de vin dans un commerce.

« Je voulais prendre une bouteille pour boire » .

« Monsieur, il y avait plusieurs bouteilles » observe la présidente du tribunal.

« Oui, parce que j’allais fêter un anniversaire ».



Noyer sa joie

Lorsque les gendarmes l’ont arrêté au volant de sa voiture, le prévenu avait 1,8 g d’alcool dans le sang. Son permis de conduire annulé, son employeur l’a licencié. Il peine à régler son loyer.

« Quelle idée, aussi, de conduire en ayant bu ! » remarque le président du tribunal.

« J’étais content d’avoir acheté ma voiture » répond d’une voix claire le prévenu.


Un crack

Le prévenu est déféré pour avoir violenté sa compagne.

Le président du tribunal fait observer que ce jour-là, l’individu avait consommé « pas mal d’héroïne ».

«Mais tout ça, c’est fini, madame la juge. Pasqu’aujourd’hui, je consomme du crack !»


L’audience est levée !

Coup de Barre #42

Eté 2024, dans le Sud de la France. Il fait chaud et c’est la fête au village . A l’ombre des platanes, peuchère ! on joue à la pétanque.

Monsieur R. , 60 ans déjà, lance le cochonnet qui oh povre ! s’en va rouler sous les roues d’une voiture. On s’arrête de jouer ; Monsieur R récupère le kiki et le replace sur le terrain de jeu pour tirer ou pointer.

Mais Monsieur B., son adversaire, ne l’entend pas de cette oreille. Il convient de relancer « le petit », c’est la règle ! Monsieur R n’est pas d’accord. Il abandonne la partie et s’en va caner sur la terrasse du plus proche café.

Quelques minutes plus tard, volent les patafioles et débarquent les gendarmes qui empèguent les deux hommes .

A la Barre du tribunal, Monsieur B. reproche à Monsieur R. de lui avoir donné un coup de boule et de lui avoir écrasé le gros orteil avec une… boule.

« C’est vrai que je l’ai poussé avec la tête » reconnaît Monsieur R. « Mais je n’ai pas quitté Marseille pour me faire menacer par un jeune malotru ! »

« On appelle ça un coup de tête » rétorque le président de l’audience qui rappelle que M. B. souffre (tout de même !) d’une fracture du gros orteil.

« Ma fille, qui était présente ce jour-là, est encore traumatisée » se plaint la victime qui réclame indemnisation.

Le président énumère les huit mentions au casier judiciaire de M. R dont des violences conjugales, une conduite sans permis et la falsification de chèques. « Vous avez le sang chaud ! » s’écrie-t-il. Le Procureur, lui, s’indigne de ce déchainement de violence et requiert 8 mois de prison dont 4 assortis d’un sursis probatoire avec obligation de soins .

A l’issue de l’audience, Monsieur R. devra indemniser la victime. Ranger ses boules et porter un bracelet électronique.

Coup de Barre #41

« Il était prétendu qu’en sollicitant la générosité du public par la présence sur le sol d’un étui de violon ouvert destiné à recueillir les dons de monnaie, Maître HB accomplissait des actes de mendicité, comportement manquant au devoir de dignité que lui impose l’exercice de la profession d’avocat. (…) Ce faisant, Me HB aurait accompli un acte de subsistance donnant au métier d’avocat une image peu reluisante dont l’exercice ne suffit pas à assurer à celui qui la pratique une existence digne et décente.

La Cour partage pour l’essentiel l’analyse du ministère public mais prononce néanmoins la relaxe car, lors de ses prestations musicales, l’avocate ne portait aucun signe extérieur ostensible permettant au public de l’identifier comme étant membre d’un barreau.

La Cour précise que l’appréciation du cumul des deux activités doit s’effectuer objectivement et non subjectivement et qu’en conséquence, Me HB n’avait pas commis de manquement à la dignité dans l’exercice de sa profession d’avocat justifiant une sanction disciplinaire.

Il n’est pas indifférent d’observer qu’en l’espèce, les seules plaintes déposées contre l’avocat émanaient de deux de ses confrères ».

Bâtonnier Michel Coste « L’avocate, l’accordéon et la dignité »

Gazette du Palais, 14/03/2003